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Le voyage d’une mère

Une femme accueillie à l’association nous confie un récit bouleversant : elle a fui son Soudan natal sur une embarcation de fortune, laissant derrière elle ses 3 enfants.

Le Soudan, c’était la guerre, un mari imposé par sa famille, la violence conjugale, la faim, la peur à chaque instant : peur dans la rue, peur à la maison, peur pour ses enfants, elle ne connaissait aucun répit.

Elle ne peut tout dire du périple qui l’a menée en Italie, puis en France, on ne peut dire ces choses-là. Dans un murmure, elle soufflera juste avoir « vu la mort ».

Six années ont été nécessaires à la réunification de la famille en France, six années pendant lesquelles elle a obtenu le statut de réfugiée, gagné le droit de revoir enfin ses chers enfants et surtout, de leur éviter ce voyage si périlleux au cours duquel elle a « vu la mort ». Elle a durement et longuement travaillé pour financer des billets d’avion.

Mais à l’arrivée, il y avait son mari. Entassés à cinq dans une chambre d’hôtel du 115, dès le premier jour, les coups ont commencé à pleuvoir. Les violences physiques, psychologiques, administratives financières se sont immédiatement invitées dans cette nouvelle vie.

Lorsque nous la rencontrons, elle est à bout de forces. Elle craint pour sa vie, son mari lui aurait ouvertement confié son projet de la tuer, il savait comment il s’y prendrait, seule lui manquait la date, pas encore arrêtée.

Elle vit « sur la pointe des pieds », communique avec ses enfants par SMS, les téléphones mobiles sont réduits au silence. Il ne faut pas éveiller l’attention du bourreau.

Ella fui la guerre du Soudan pour vivre la guerre en France. Une guerre sournoise, intime, dans le huis-clos du domicile.

Elle demande de l’aide. Elle veut être libre.

Avec elle, nous préparons une demande d’ordonnance de protection. Elle a choisi une avocate, Me Inssaf KABSI, qui va porter sa voix avec force devant le juge aux affaires familiales.

Avec notre UMAV (Unité Mobile d’Aide aux Victimes), nous partons la chercher au pied de son logement, et nous roulons paisiblement vers le tribunal. Par le toit panoramique de la voiture, elle regarde le ciel défiler sous ses yeux au son d’une musique apaisante, elle prend de grandes inspirations. Nous parlons, nous rions parfois.

Le lendemain, c’est gagné. Le juge aux affaires familiales a entendu la violence, le danger, la détresse. Madame est protégée par la justice française, Monsieur doit quitter le logement sans délai.

Interdiction de paraître au domicile, interdiction de contacter Madame… cela sonne le début d’une nouvelle vie, enfin exempte de violences…

Il refuse de sortir, la police vient le chercher.

Malheureusement, les pressions de l’entourage auront raison de la liberté de la victime : plus habituée à la guerre qu’à la paix, elle se soumettra de nouveau à la première, tandis que la seconde demeure une ambition que nous n’abandonnerons jamais pour elle. 

Lorsqu’elle sera prête, nous le serons aussi.